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En attendant le retour de cet événement biennal, voici venu le temps des (heureux) bilans et (vifs) remerciements!

Le Festival KICKS! c’était du 23 février au 20 mars 2010

8 spectacles, 33 représentations, pour un total de 4090 spectateurs.

Le Festival KICKS! ce fut aussi

6 concerts, 5 films, 2 expositions, 2 séries de lectures et 1 conférence.

Le Festival KICKS! ce fut encore

Un jury de 15 adolescents constitué par le Conseil consultatif de la Jeunesse de Charleroi, qui a décerné le Prix du Meilleur Spectacle KICKS! 2010 à…

Stone, une production du Théâtre de La Guimbarde.

Un atelier d’écriture critique, pour une trentaine de textes publiés sur le blog du festival: www.ancre.be/blog

Une consultation du site trois fois supérieure pour la période du festival.

Merci aux partenaires qui ont rendu possible le succès de cette première édition

Académie des Beaux-Arts de Châtelet, B.P.S. 22, Charleroi/Danses, Ciné Le Parc, Conservatoire Arthur Grumiaux, Eden+PBA, Editions Lansman, Maison pour Associations, Le Vecteur.

Merci aux artistes et aux compagnies qui ont participé au Festival KICKS !

Carmen Blanco Principal, DJ Câlin, La Cité (Marseille), Dirty Barrio, Jean-Marc Mahy, Mr Muffin, Le Projet Cryotopsie, Etienne Serck et Stéphane Pirard, Sténopé/Artara, Théâtre de la Guimbarde.

Merci également à la presse qui a soutenu ce mois de programmation

Axelle, Belgique N°1 / Vlan, Charleroi Essentiel, Charleroi Magazine, Femmes d’Aujourd’hui, Hainaut.be, La Libre Belgique, La DH, La Nouvelle Gazette, Le Soir, Mosquito, RTBF (La Une, La Deux, La Première, Musiq3, VivaCité), Rue du Théâtre, Télésambre, Vers l’Avenir.

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Mère Sauvage, adaptation «moderne» de la nouvelle éponyme de Guy de Maupassant, est un conflit et une situation plus que ambiguë entre une mère, qui voit sa maison réquisitionnée pour en faire un poste d’observation, et un soldat de seulement vingt ans, qui se retrouve seul face à cette femme dans sa maison. Au début, il lui demande de ne pas parler, de rester assise… Mais petit à petit, un climat d’une confiance infime s’installe.

Entre sa petite amie, restée au pays (qui ne supporte plus la situation, le tente, lui démontre l’inutilité de la guerre) et un donneur de leçon qui en vend tous les mérites (de la guerre), le jeune militaire se voit torturé par ses pensées, se retrouve en pleine crise de doutes…

Mère sauvage est un excellent huis clos, encore plus accentué par la disposition du public qui frôle les comédiens de part et d’autre de la scène. Les spectateurs sont ainsi totalement impliqués, intégrés dans l’action. Un dispositif qui, dès la première seconde, donne à la pièce un côté particulièrement prenant tout en nous nous invitant, sans trop nous en rendre compte, à réfléchir sur «le pourquoi» des guerres…

Avec des moments à la fois tendres et brutaux, Mère sauvage nous parle une face cachée des guerres actuelles : des soldats perdus, désabusés, des manières de faire la guerre de plus en plus vicieuses et des technologies toujours plus innovantes qui font que la guerre a aujourd’hui complètement changé. La seule «faille» dans ce système qui semble si bien rodé ce sont les soldats qui, eux, sont toujours les mêmes : des hommes avec des faiblesses, des envies, de la compassion… Ce soldat en est tellement rempli de tous ces sentiments qu’il en perd sa mission. La mère, elle, est (contrairement à toute attente ?) la plus forte, la plus dure des deux. La guerre a montré ses limites mais jamais nous ne verrons celles d’une mère et son fils; elles sont infinies…

Valentino Palumbo

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Aéroports. Voyager léger, vadrouiller. Pressé. Se mettre en scène. Faire monter la pression, enflammer les esprits. Suivre les pulsions, l’instant, les humeurs. Trouver sa liberté dans la création, l’immédiateté. Et puis, les coulisses. Les rails, les pilules. Cristalliser des ambiances sonores surréalistes. Moteur créatif qui tourne à plein régime dans un garage clos. Gosse gâté, excessif et mégalo. Refuse le refus. Roi des rois. Sans limites. Du moins, il le croit. Jusqu’à l’asphyxie.

Réveil à l’hosto. Le couple qui bat de l’aile. La teneur en PMA dans la pilule, pas loin d’être mortelle. Un nouvel album à boucler. En thérapie. Avec une Frau Doktor aux dents longues. Des pensionnaires hauts en couleurs. Des angoisses subaquatiques en pleine nuit. Un son oppressant. Heureusement, la musique, toujours, pour se réfugier, sinon sublimer. Et puis faire le mur, un saut chez Erbse, pour re-décoller, se sentir vivre autrement, pleinement, entrer dans la musique pour la vivre. Se laisser porter par ses sentiments. Sentiment d’impunité, sentiment d’être immortel, sentiment d’avoir bâti son propre empire, qu’il soit dans le sable ou le ciel.

Ickarus vole trop près du soleil, résultat, il se brûle encore les ailes. Et puis, il se prend des sacrées baffes. Avant de céder à la colère. Ravager un studio. Se faire mettre à la porte comme l’enfant capricieux qu’il est. Retourner au cocon médical. Expulser. Faire sauter la soupape de sécurité, le volume à fond. Courir bêtement, comme après une mauvaise farce. Toujours chercher à avoir le dernier mot. Quel grand con, ce DJ. Créatif dans sa musique, mais aussi dans ses crises où ses réactions sont chaque fois plus folkloriques. Sanction, censure. Résultat? Réponse démesurée, décadence généralisée. Fallait pas l’empêcher de créer…

Fond du trou, rebonds, remontée de la pente, rechute. Ralentis dans le métro, fin précalculée, rêve prémonitoire, boucle bouclée? Surprise, non. Au lieu de ça, assumer, assurer. Lancer un appel salutaire, retentissant. Faire chanter les sirènes de Berlin. Et voir tous ces jeunes répondre présents. Hypnotisés, souriants, rêveurs, mais surtout vivants, intensément vivants.

Reprendre l’avion, grandi, pour un ailleurs, demain. «As long as we are flying, all this world ain’t got no end…»

 Vincent Desoutter

Paul & Fritz Kalkbrenner – Sky and sand

In the nighttime
when the world is at its rest
you will find me
in the place I know the best
dancin’, shoutin’
flyin’ to the moon
(you) don’t have to worry
’cause I’ll be come back soon

and we build up castles
in the sky and in the sand
design our own world
ain’t nobody understand
I found myself alive
in the palm of your hand
as long as we are flyin’
All this world ain’t got no end

In the daytime
you will find me by your side
tryin’ to do my best
and tryin’ to make things right
when it all turns wrong
there’s no fault but mine
but it won’t hit hard
’cause you let me shine

and we build up castles
in the sky and in the sand
design our own world
ain’t nobody understand
I found myself alive
in the palm of your hand
as long as we are flyin’
this world ain’t got no end

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Un Open Air festival
des jeunes s’emballent
sur une musique démente, ils dansent
dans la fatigue, la défonce et la transe
sous l’effet de la drogue, de l’alcool
les mecs deviennent fous, les filles deviennent folles
une boîte de nuit,
même  scénario de sortie
Dj Ickarus met l’ambiance
cherchant de nouveaux sons en permanence
sans cesse à l’affût
dans le métro, dans la rue
il prépare un album, une tournée
et rêve de vivre sa vie en musique et en succès
le décor est planté.

Dj Ickarus, à l’aube d’un nouvel album, fait la rencontre, une fois de plus – ou une fois de trop – d’Erbse, un dealer qui l’entraîne dans la spirale infernale de la kétamine, de la MDMA, de la PMA, de la cocaïne, des amphétamines, de la THC… Tension et température corporelle élevées, délires, hallucinations, psychose à déterminer. Dj Ickarus se fait interner dans une clinique en vue de guérir, soutenu par son père, son frère et Mathilde, sa petite amie.

Ramper à quatre pattes, sur le sol, s’allonger
ne plus savoir se dégager
passer des jours à dormir
n’avoir plus aucune envie, plus aucun désir
si ce n’est celui de se réincarner en mouche
être en danger de vie
dans le métro, sur les rails, au lit
comme en danger de mort
ignorer comment conjurer le sort

S’il semble moins atteint que les autres patients, Ickarus s’enferme dans un monde où il ne se reconnaît plus. La déchéance commence. Il perd son label à la maison de disque ainsi que sa petite amie. «Ressaisis-toi et deviens adulte!» «Celui qui ne pense qu’à soi restera toujours seul»…

Le soleil n’en peut plus de se coucher
tout foire, tout part en fumée
comme si plus rien de beau ne pouvait arriver
la fête est terminée
ou presque…
ciel orangé
écouteurs sur les oreilles
Ickarus fait tout danser
même les feuilles…

Berlin Calling, c’est le titre d’un album, c’est une introspection dans l’univers de la drogue et de ceux qui en sont prisonniers. La musique, occupant une place prépondérante, entraîne le spectateur et ne le lâche pas. Du début à la fin, chacun a envie de se trémousser. La drogue a perdu Ickarus, la musique le sauvera peut-être…

Ciel orangé
écouteurs sur les oreilles
Ickarus fait tout danser
même les couchers de soleil
même son cœur qui bat au rythme d’une petite musique intérieure…

Ludivine Joinnot

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Atmosphère rock garage
tout bascule, on s’enferme dans une cage
celle des souvenirs qu’on n’peut pas effacer
celle des «trop tard, j’ai tout gâché»
deux ados puérils en péril
se croyaient plus forts que fragiles
ils n’ont pas eu le temps de réaliser
ils ne cherchaient qu’à s’amuser

y’a une drôle d’ambiance, hein, ce soir…
Nicolas, timide, dit Tim
et Stéphane, le rebelle qui fait des conneries
puis, Etienne qui s’fait passer pour Esteban de Brusselas
genre monsieur la conscience ou monsieur l’narrateur

contact avec le public, interaction lancée
pas moyen s’échapper
tu rentres immédiatement dedans

quand le monde explose,
tout part en névrose
on fait les cons pour s’amuser
puis, une fois de trop
et on d’vient bon à jeter

Scène 1

Casser et entrer
dans un entrepôt pseudo abandonné
trop cool de tenter de cambrioler
on s’prépare un bon coup
tant pis pour l’alarme, on devient fous
en voyant la BM et l’argent facile
qu’on va se faire avec les insignes
purée, c’était moins une
dire qu’on a failli s’faire choper
trop la déconne, franchement

Scène 2 

Enquête à l’entrepôt par deux inspecteurs
qui cherchent des preuves, des traces des cambrioleurs
c’est pas des chats mais z’ont laissé des griffes sur la bagnole
z’ont rien piqué, juste du pétrole
pas d’effraction
rien pris, même pas l’pognon
qu’était planqué dans l’coffre-fort

Scène 3 

L’insouciance met la vie en danger
ça, tout l’monde le savait
encore fallait-il l’expérimenter
pour comprendre où cela allait mener
shooter dans un chat et lui foutre le feu au cul pour rigoler
sympa, oui mais, pas grandiose, en tout cas, pas assez
trouver un endroit effrayant, jouer à se faire peur
rôder dans un cimetière pour s’donner froid au cœur
puis s’lancer des défis au-dessus d’un pont
s’mettre à jeter des pierres pour toucher les camions
«c’est du délire, c’qu’on fai
surtout la dernière pierre parce qu’on l’a pas loupée
la bagnole qu’arrivait à du cent à l’heure
y’a eu un bruit, puis, la mort du chauffeur
fallait rentrer chez soi, oublier l’pare-brise explosé
faire comme si de rien n’était, comme si rien n’s’était passé
en sachant que tout avait changé pour toujours, à jamais
que rien n’serait plus pareil désormais

Scène 4 

Enquête sous le pont
mêmes inspecteurs, mais pas la même chanson
trois ou quatre personnes blessées
puis, surtout un mec, un bibliothécaire à l’université
qui r’viendra plus jamais, qui est mort, putain, on a trop déconné
Mamaaaaaaaaaan! Where is my mind?

Scène 5

Prise de conscience
crise de confiance
on s’sentait mal en rentrant à la maison
on s’trouvait déjà en prison
au-dedans de soi, c’est pire encore
on savait qu’on avait fait quelque chose de mal, qu’y’avait un mort
en entendant les infos à la télé,
on se s’rait bien mis à gerber, plus moyen d’rien avaler
une seule envie: aller s’coucher
et s’dire qu’c’est qu’un cauchemar, qu’on va se réveiller
puis, avoir tout d’même envie de s’confier
pas garder ça pour soi pour ne pas étouffer
descendre en vélo au cimetière
pleurer beaucoup, face au grand air
rester le long du canal un long moment
puis, rentrer et tout dire à maman
faudra être courageux, faudra assumer
aller à la police et tout leur expliquer
«j’savais pas qu’jpourrais tuer quelqu’un,
j’voulais pas ça, putain,
j’ai seulement 13 ans,
j’suis encore un enfant»

Scène 6

Se rendre: « -J’suis celui qui a tué l’mec avec la pierre sur le pont»
« -Répète un peu pour voir, t’es sûr de ça, mon garçon ? 
dis-moi exactement c’qui s’est passé ce jour-là
j’veux tous les détails, le nombre de pierres, le bruit du fracas»
« -On n’avait pas l’intention d’le tuer. Sincèrement.
On est si jeunes, finalement.»
présumés coupables pour homicide involontaire
détention provisoire jusqu’à preuve du contraire
le juge tranchera et décidera
puis, les parents, ils seront responsables aussi de tout ça
faudra une bonne assurance
pas possible de réaliser cette faute à pas de chance
faire la une des journaux
cauchemarder encore et encore

Scène 7

Liberté provisoire jusqu’au jugement
combien de temps, ça prend?
prise de mesures, à disposition de la justice
responsabilités parentales, c’est c’qu’a dit la police
c’qu’ont dit les avocats
puis, les mères, dans un sale état
rendez-vous dans un internat
et attendre, là, comme si plus personne ne voulait de soi
faire encore le con en signalant une alerte à la bombe dans son ancienne école
faire une fois de plus le mariolle, le guignol
se faire renvoyer par le directeur
«I was dirty»; putain, qu’est-ce qu’on peut s’faire peur

Scène 8

Le grand débat entre deux gars dans un café
se demander quelle est l’exacte responsabilité
des deux mômes qu’ont tué, même sans l’faire exprès
qui est coupable? et si ces gamins n’avaient fait que jouer?
oui mais qui c’est qu’a fait la connerie?
qui c’est qu’a perdu un membre de sa famille?
si c’était ta fille qu’avait lancé la pierre?
si c’était ta femme qui s’retrouvait au cimetière?

Scène 9

Le verdict au tribunal de la jeunesse
rester assis, presqu’en pissant dans son froc, la chaise collée aux fesses
appel à la barre des témoins,
des psys pour expliquer c’qu’ont fait les gamins
tellement de monde à l’audience, salle pleine à craquer
on attend la décision du juge, de ceux qui auront délibéré
ça tombe… homicide involontaire
un peu comme une sorte d’enfer
dont il serait impossible de se débarrasser
non coupables mais coupables pour d’autres faits
et plein d’fric que les parents devront rembourser
notamment des dommages et intérêts
aux familles des victimes qu’avaient rien demandé
des travaux d’intérêts généraux
plus rien n’sera pas pareil…

Scène 10

La morale, c’est qu’cette pièce n’était pas là… pour nous faire la morale…
«Pourras-tu le faire?
Pourras-tu le dire?
I’m lost
Tu dois voir plus loin
Tu dois revenir
Tu verras le pire
I’m lost»
«Trouver le Sud sans perdre le Nord»

Ludivine Joinnot

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Rêver. Chacun d’entre nous en a besoin. Que serait vraiment une vie sans rêve? Mais que faire si cela entache notre quotidien, nos relations, si cela nous épanouit qu’un temps? «Lorsque les enfants rêvent tout devient trop vrai, et c’est la raison pour laquelle ils auront toujours peur…»

Il n’y a pas que les enfants qui rêvent, beaucoup de personnes tentent de grandir en gardant leurs rêves tout près d’eux. Mais tôt ou tard, ils se rendront compte que c’est impossible. Grandir, c’est accepter d’avancer, évoluer. On peut garder nos rêves d’enfant, mais il ne faut pas en faire une réalité oppressante et aveuglante…

Le chagrin des ogres, c’est d’abord deux histoires en parallèle.

Bastian Bosse (alias Resistant X, sur le web), un jeune Allemand qui décide d’ouvrir le feu dans son lycée avant de retourner son arme contre lui. Pourquoi? Car cet adolescent révolté n’en peut plus de la vie qu’il subit chaque jour dans son école. Car la vie, il la subit. Il vit dans sa chambre où il aime écrire, «parfois pour ne rien dire» mais cela le soulage. Bastian avait pourtant déjà annoncé son acte sur la toile…

En parallèle, Laetitia. Une fille qui, dans la douleur et l’incompréhension de ses proches, a tenté de se suicider. Durant son coma, Laetitia rêve. Elle se croît enfermée dans une cave depuis l’âge de 10 ans. Elle se prend pour l’Autrichienne Natascha Kampusch… Mais petit à petit, elle se souvient de ses parents, de sa douleur, enfouie. Et lorsque celle-ci jaillit enfin, le moment est venu pour Laetitia de regarder la lumière devant elle, de sortir de se rêve d’enfermement et d’affronter la vie…

Ceux histoires issues de deux réalités, Fabrice Murgia, metteur en scène et auteur, les a orchestrées dans son Chagrin des ogres en puisant dans le blog personnel de Bastian et en s’inspirant des talk-shows télévisés que Natascha anime à présent. Cela donne une force incomparable et une dimension réelle à la pièce car les comédiens parlent et utilisent les modes d’expressions actuels. On ne peut que s’identifier à l’un et/ou l’autre de ces deux personnages. 

Le chagrin des ogres? Un spectacle magnifique où l’horreur se mêle à l’enfance, son insouciance, sa naïveté voire, aussi, sa cruauté. Dans ce projet particulier, le jeune (et prometteur) Fabrice Murgia ne relate pas de simples faits divers. Il donne un sens profond aux histoires auxquels ils fait référence et se détache du simple documentaire théâtral. Il permet de se rendre véritablement compte que les médias et l’homme ont chacun leurs parts de responsabilité dans ces histoires.

Pour rendre à ce spectacle toute sa dimension contemporaine, mais également pour lui donner un côté oppressant, limite troublant, Fabrice Murgia n’hésite pas à doter la salle d’une légère fumée, plongeant d’emblée le spectateur dans une ambiance mystérieuse et un climat d’inconfort. 

Tout au long de la pièce, les sons, les bruits sont omniprésents. Ils agressent, intriguent et renforcent l’ambiance de mal-être qui règne. Ce à quoi s’ajoute tout un travail vidéo. Tout comme le son, il vient accompagner, appuyer les propos des comédiens, leurs gestes. Il nous montre les faits. «Parce qu’on veut savoir pourquoi, parce qu’on aime savoir pourquoi».

Le chagrin des ogres, c’est également un lien entre ces deux mal-êtres, entre Bastian et Laetitia/Natascha… Un personnage «trait d’union», attirant et hostile à la fois, aux allures de petite princesse teigneuse. Elle nous raconte des histoires toutes plus terrifiantes les unes que les autres, conduit les deux autres à rêver et à jouer, à se perdre dans leur mélancolie ou, à certains moments, leur ouvre âprement les yeux.

C’est ce personnage qui ouvre le spectacle par un monologue aux allures de fable ultra-dramatique. C’est également elle qui conclut la pièce sur une note tragique. Car cette petite fille, imaginée par Fabrice Murgia et née de l’imaginaire même des enfants, meurt lorsque l’on quitte le monde… de l’enfance. Même si celle-ci «ne veut pas, ne veut que ça se finisse comme ça !».

But…

«That’s it».

Nicola La Matina

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Inspirée de la nouvelle éponyme de Guy de Maupassant, Mère sauvage se penche sur la question de la guerre et surtout, sur les gens qui la vivent au quotidien. Pourquoi les guerres? Les conflits ont toujours existé et sont omniprésents. Jean-Michel Van den Eeyden, metteur en scène, et Paul Pourveur, auteur de l’adaptation de la nouvelle, croisent les générations et les sexes afin que chacun puisse s’identifier. Ils réactualisent l’histoire initiale et la transposent avec justesse dans le monde contemporain, en toute proximité. Si l’on s’éloigne parfois de la nouvelle de Guy de Maupassant afin de donner à la pièce son identité propre, de petits clins d’œil sont lancés, ramenant à des détails présents dans le texte de l’écrivain.

La disposition particulière de la scène, centrale et autour de laquelle le public s’articule de part et d’autre, fait que le spectateur se retrouve inévitablement lié aux acteurs et à l’histoire, participant directement au récit. La scène s’ouvre sur trois espaces: une pièce où sont « enfermés » John, un soldat, et Marie, une mère de famille; une chambre, celle d’une adolescente, petite amie du soldat et un promontoire au-dessus duquel s’impose une espèce de Mars (dieu de la guerre) ou de conscience du soldat.

Mère sauvage, c’est une mère qui se retrouve seule à la maison et obligée d’accueillir, chez elle, un soldat chargé d’y installer un poste d’observation. De son côté, la petite amie du soldat se languit et s’inquiète tandis qu’un dieu de la guerre exprime l’importance des conflits et les justifie. Outre la question de la guerre, Mère sauvage aborde aussi l’importance de la famille, des souvenirs, des liens entre les hommes, du but existentiel de chacun et de l’engagement.

Selon Mars, la guerre est un acte qui peut rendre l’homme honorable. Si les dieux ne s’occupent plus des guerres, les grands guerriers, eux, ont aussi disparu et l’armée ne ressemble plus en rien aux grandes troupes que l’Histoire a forgées. La technologie, depuis la première guerre mondiale, aurait tué la respectable guerre et engendré des monstres modernes. Pour conduire une bataille, il faut des gens rationnels, posés et réfléchis; ce qui rend difficile la distinction entre les bons et les mauvais.

Quoi qu’il en soit… «attendre le changement, c’est la faiblesse du courage» (dixit la mère). Dans la vie, soit on est désillusionné, soit on agit. Les soldats, eux, posent un acte, ils veulent apporter un changement à un pays, sauver des gens de quelque chose, les aider, dans une forme d’idéalisme. Ils font la guerre comme d’autres écriraient ou tenteraient de définir leurs rôles dans l’existence.

Et si le soldat était un homme comme tout le monde? Un homme avec ses besoins (de tendresse, de sexe, de famille, d’amusement…), un homme qui connaît le manque. Un homme tenaillé par la peur, aussi, qui évite les bombes, les balles et tente de sauver sa peau. Puis, qui, parfois, danse et chante. Un homme qui rêve, qui fait des cauchemars, qui doute, qui ne sait plus. Un homme qui cherche le repos tant physique que psychologique. Un homme qui voudrait pouvoir retrouver confiance, tisser des liens et s’autoriser la sympathie des autres, le contact.

«La guerre, d’un côté, c’est une armée et de l’autre…?» On ne sait pas très bien; la guerre fait peur, on ne s’y attarde pas souvent quand elle ne nous concerne pas directement, on ne la comprend pas très bien parce qu’on ne la connaît pas, justement. Pourquoi mourir pour son pays? Pourquoi «jouer à la guerre»? Pourquoi s’en prendre à ceux qui n’ont rien fait?

Puis… que ferions-nous si, nous, nous étions soldats? Nous serions des hommes comme les soldats, des soldats comme les hommes, probablement… Nous serions des John, nous aurions nos idéaux et nous nous battrions sans doute pour donner un sens à notre existence. Ou alors… ?

Ludivine Joinnot

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© Loupix
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Deux gradins en vis-à-vis enserrent deux acteurs. John, le soldat sans repère, et la mère, son otage, dont il réquisitionne la maison pour en faire son poste d’observation.

Il y aussi la petite amie de John, distante et proche à la fois, en DJ sans langue de bois, bien dans son rôle. Et puis une quatrième voix, extraterrestre, celle d’un donneur de leçons, pour parler de la guerre, entamer la réflexion. Un rôle sans doute plus «didactique» qui, à la différence de la jeune DJ, n’a aucun impact émotionnel. Un propos qui aurait gagné à être moins appuyé, plus suggéré, davantage «dilué» dans les autres personnages. La pièce aurait gagné en finesse, serait apparue moins manifeste/critique de l’absurdité des conflits guerriers.

Les dialogues ne manquent pas de piquant et rythment intelligemment l’histoire, également ponctuée d’interludes musicaux qui créent une dimension supplémentaire, illustrent les émotions qui naissent dans la maison, renforcent la tension. Une musique qui hante les têtes des protagonistes, aussi. Brillante séquence de danse improvisée pour décompresser, moment de respiration et de fantaisie pour ce soldat qui n’a «pas besoin de rêver pour avoir peur». La configuration de l’espace scénique donne l’impression d’assister à un dialogue comme on regarderait un match de tennis. Répliques cinglantes, feintes, amortis. Monter au filet, au contact, faire monter la tension, le climat d’explosion imminente, quand le soldat et la mère se rapprochent.

Au départ conflictuels, leurs rapports prennent une tournure bien trouble. Dialogues de sourds, mépris de celui qu’on ne comprend pas. Un sentiment d’incompréhension mutuelle bien rendu sur le plateau, par le phrasé hésitant de la mère, le langage des signes, les aboiements guerriers au talkie-walkie, américanisés… Mais pour dépasser ça, il y a le café.

Comme un syndrome de Stockholm, mais inversé, le jeune soldat se prend d’affection pour la mère, seule femme, soudain attirante. Réveil des appétits sexuels, difficulté du manque. Et peu à peu, la mère qui prend le pouvoir. Personnage redoutable qui se dévoile à mesure que la température monte. A la fois tendre avec ce fils indigne, remplaçant de celui qu’elle a probablement déjà perdu dans ce conflit absurde, et sans pitié, les menant sans états d’âme vers la mort…

Vincent Desoutter

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10 mars 2010

20h30. Je suis allé voir deux jeunes assez perturbés. Et une narratrice trouble-fête, alternant cruauté et empathie, gamineries et réflexions profondes. J’ai aussi écouté des petites histoires, des faits que j’ai du mal à trouver «divers».

Ça m’a inquiété, troublé. J’ai pas tout de suite compris pourquoi. Alors je suis rentré, j’ai écouté John Lennon, et puis j’ai réfléchi au dénouement, parce que le choix me semblait un peu trop restreint, et ça m’a foutu en colère. Enterrer ses rêves pour grandir, ou garder ses rêves pour crever avec, la bouche ouverte? C’est ça, l’issue? Et on est censé faire quoi avec ça, au juste? Nous lamenter sur nos rêves perdus? Et si je réplique que je vis encore avec mes rêves, on me répondra que c’est parce que je suis un post-ado attardé? C’est trop facile, merde!

11 mars 2010

8h. Le réveil sonne, et j’ai fait un sale cauchemar. Rêvé que je me trouvais au mauvais endroit au mauvais moment, dans une fusillade, arbitrairement. Je me souviens que je n’étais plus en colère, dans mon rêve. J’ai compris que j’étais un figurant dans le rêve d’un autre. C’était bizarre. Mourir était faux, mais mourir était réel, comme peut l’être la sensation dans le cauchemar. Je me suis jamais senti aussi vivant qu’en entendant la détonation, je crois.

Le reste de la journée, brouillard confus.

12 mars 2010

Je suis retourné voir Le chagrin des ogres. Pour retrouver «l’adolescent qui est mort, l’adolescent qui est en soi.» Pourquoi réduire un état d’esprit, une révolte, la force de croire, à… l’adolescence? Parce que, comme Nadine le dit avec conviction, dans cette période, «tu as changé!»… Oui, et alors? Quand on vieillit, la vie est complètement exempte de bouleversements? Ai du mal à avaler ça…

Laetitia, trop laconique, l’envie de lui mettre une claque pour la réveiller. Mais, pourtant, une histoire qui réussit à toucher. Le corps qui change, la nouvelle enveloppe insupportable, s’éplucher pour se mettre à nu, ôter les strates de vêtements comme autant de reproches haineux du monde adulte. Admettre avoir grandi dans la peur, cesser de se projeter dans un rêve pour s’enfuir. Laisser s’envoler ses illusions. Un exemple d’adolescence difficile qui reste… assez juste. Même si son «j’aime la souffrance» nous donne l’impression d’écouter du mauvais black metal. Probablement qu’elle aime la souffrance parce qu’elle se sent aussi vivante que moi dans mon rêve, au son de la détonation.

Bastian, il plane un peu. «C’est quoi être normal?» Bien belle question. Mais l’impression qu’il tombe dans le même piège du langage et se cale dans la case «anormal, rejeté, paria». Je pense pas qu’il ait été si anormal que ça. Juste… pas intégré pour un sou. Mais l’anormal, le marginal qu’il croit être, c’est un stéréotype tellement banalisé que sa colère, au but du compte, tombe dans un certain… conformisme. On va sûrement me dire que je suis un serial killer en puissance pour écrire un truc pareil. «Vomi, lol.» Le sentiment de révolte typique des ados est à ce point récupéré, exploité, qu’on se demande encore comment les jeunes arrivent à se révolter sans faire de cas de conscience… Alors Bastian hait peut-être le hip-hop, moi je hais l’image qu’il véhicule, parce qu’il fait trop figure d’exemple avec le propos qu’il veut faire passer. Figure trop évidente, peut-être. Mais pour tenir de tels propos, je dois probablement être trop vieux, cynique et blasé. Par contre, là où Bastian «réussit» (pfff) à être anormal, c’est en poussant sa logique à l’extrême: en passant à l’acte. Ai la désagréable sensation que le fait qu’il se soit confié (via son blog) a pour beaucoup contribué à aller jusqu’au bout, comme s’il ne pouvait plus reculer, puisqu’il l’avait écrit… Aliénation, danger. Même si sa révolte est fondée, pour ne pas dire légitime, son choix reste parfaitement idiot, complètement vain. Et sa présence sur le plateau devient plutôt… accessoire, finalement. Bastian est un prétexte pour comprendre la cruauté de son environnement. Et l’objet de la révolte finit par étouffer l’individu.

Quant à Dolores, la voix qui arpente le plateau, je ne sais pas ce(ux) qu’elle est. Mais elle est pour beaucoup dans l’intérêt de la pièce.

13 mars 2010

Toute la journée, j’ai attendu 20h30. Aujourd’hui, c’était la dernière occasion de voir Dolores. Je me surprends à réciter ses petites histoires dans ma tête, comme une litanie. C’est quoi cet attrait morbide pour les faits divers? C’est quoi cette récompense à la fidélité, l’opportunité de tuer, de laisser parler le couteau Champion? Je ne suis pas certain de vouloir savoir pourquoi.

Le pourquoi qui retient mon attention, c’est pourquoi Dolores est si aléatoire. Comme suivant une pensée erratique, ses paroles et réactions passent d’un extrême à l’autre. Souvenir de mots qui font mal, conscience cruelle et joueuse, seul appui pour des jeunes livrés à eux-mêmes… Et, puis, lucidité qui secoue la tête en réalisant que Bastian va aller trop loin, tristesse quand elle réalise qu’elle va perdre son autre partenaire de jeu. Pourtant, ai la sensation que Dolores n’a fait qu’appuyer et partager la révolte de Bastian, alors qu’elle n’a pas cessé de persécuter et décourager Laetitia, comme s’il y avait favoritisme.

Un côté double-face, une ambiguïté bienvenue pour éviter l’assimilation à Batman ou au Joker… Peut-être parce que Dolores est la voix de la colère. Contre soi ou contre les autres, ce qui oriente son comportement vis-à-vis de Bastian et Laetitia.

Colère contre la fascination que nous développons pour les petites histoires.

Colère contre les rêves conformistes de famille aimante, home-cinéma, 4 x 4 et labrador. Des rêves qui n’en sont plus tant ils sont plats, fades.

Et surtout colère, comme un dernier hommage rendu aux laissés pour compte, «morts dans le métro depuis longtemps déjà…»

Vincent Desoutter

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